Ultra Marin, Grand Raid Golfe du Morbihan 2019

Il était une fois un copain qui dit à son copain :

« Ça te dirait pas de refaire le Grand Raid Ultra Marin ? »

- « T’es fou, c’est à peine 2 semaines après le semi IronMan des Sables et puis je ne suis pas du tout entrainé pour la distance. Bon, je vois ça et je te dis…»

Je réfléchis quelques jours et décide finalement de m’inscrire car ça fait déjà quelques temps que j’ai envie de refaire cette course. 5 ans après, c’est le bon moment !

Voilà ce qui m’amène à me retrouver sur la ligne de départ cet ultra trail, dont la difficulté réside « dans le fait qu’il n’y en a pas » ! Parcours roulant, peu de dénivelé, mais très « casse-pattes » avec des chemins caillouteux où s’entremêlent de nombreuses racines, quelques portions de bitumes, des plages… Nous l’avons déjà fait en 2014 avec mon ami Karl, ce qui était pour moi une 1re expérience sur ce type de distance. Ça s’était plutôt bien passé, mais j’ai souvenir d’une course rendue très difficile à cause d'une tendinite du releveur qui m’a obligé à courir pour moins souffrir et qui m’a donc permis de réaliser un excellent chrono de 26h28 ! Je sais exactement ce qui nous attend, excepté l’imprévu toujours présent sur ce type de course, bien conscient que ça va être très dur, surtout à cause du manque d’entraînement spécifique « longue distance » et des quelques excès apéritifs sympathiques de ces dernières semaines !

Cette année, je mise tout sur ma préparation triathlon « maison » qui a porté ses fruits (un bon chrono de 5h36 aux Sables-d’Olonne il y a 2 semaines et de bonnes sensations), mon nouvel ami « sac à dos » (l’ancien me faisait rapidement mal au dos et n’arrêtais pas de se dérégler) et le Mana de mon nouveau tatouage marquisien.

Objectif annoncé : terminer la course.

Objectif plus ou moins secret : en moins de 30h.

Objectif rêvé : mieux qu’en 2014 (là c’est vraiment du rêve, limite de l’inconscience, comme nous l’allons montrer tout à l’heure).

Vendredi 28 juin, 19h, le départ a été retardé d’une heure pour cause de canicule, nous sommes dans le sas de départ avec mes amis Karlito et Fredo « Dodo lé la ! », un jeune papa capable de traverser les Pyrénées en sandale avec un Camel Back de bière !

Nous partons ensemble, il fait chaud mais pas trop, les premiers kms défilent sur rythme tranquille… Nous restons ensemble jusqu’à Port Blanc, puis chacun trouve son allure et nous nous retrouvons – une dernière fois – au ravito de Bono du 58e km, où je décide de repartir seul, car je souhaite courir à mon rythme qui semble un tout petit peu trop rapide pour mes compagnons de route.

Samedi, au petit matin, 7h23, je suis à Locmariaquer où a lieu l’embarquement pour la traversée en bateau, tout se passe bien, juste quelques petits coups de « moins bien » passagers, rien de grave. Je ferme les yeux quelques mn à Arzon avant de me restaurer puis repars bien frais. Sur les coups de midi, au 102e km, je retrouve Claude et mon p’tit Papa en balade dans le coin, ce qui me permet de faire une sympathique petite pause familiale de 10mn.

Les derniers kms pour rejoindre Sarzeau sont longs, la fatigue commence à se faire sentir après une 1re nuit sans dormir. Je dis bienvenue à une petite sieste de 20mn, avale un bon repas et repars motivé mais conscient de la difficulté qui se présente avec cette fin de parcours. La course commence réellement ici ! Il reste 50km et le prochain ravitaillement est loin. Les pieds commencent à chauffer, mais pour le moment, pas de bobos ! Très rapidement, ça se complique. Je trottine bien avec un monsieur de Saint-Nazaire, mais je commence à ressentir des douleurs intenses sous mes pieds à chaque pas, à chaque foulée. Deux belles ampoules sont en train de gonfler sous chaque pied, au niveau de la zone d’appui. La douleur va crescendo au fil des kms, devenant très vive, au point que je n’arrive parfois plus à l’oublier, malgré quelques tentatives de mentalisation positive.

J’ai malheureusement oublié mon matériel de soin, je n’ai pas d’aiguille, pas de pansements et je ne suis pas assez souple pour les percer avec les dents ! Il me faut les serrer - les dents - jusqu’au prochain ravito. J’ai l’impression de ne plus avancer. J’arrive en boitillant au Hézo tandis que mon amie Nadine, dont je n’ai appris que la veille qu’elle participait à son 1er ultra, arrive avec une foulée incroyable, je suis impressionné, on dirait qu’elle court un 10 km ! Impossible de faire soigner ces foutues ampoules sur ce ravito, les secouristes présents n’étant pas équipés pour ça. On me met des pansements pour protéger mais c’est complètement inefficace contre la douleur.

21h03, je repars pour 20 kms - qui vont en paraître le double - avant le prochain arrêt au stand où je devrais pouvoir me refaire une santé ! Le passage dans un marais impossible à éviter nous oblige à mettre les pieds dans l’eau, ce qui ne va pas arranger l’état de mes pieds. De plus mes semelles commencent à faire des plis au niveau du talon, ce qui devient inconfortable et monopolise toute mon attention.

[Hey Mr. & Mrs. Brooks, j’adorais vos Cascadia. Que se passe-t-il ? À chaque nouvelle version, la qualité de dégrade. Mes premières paires V9 sont encore presque comme neuves après plusieurs centaines de km, tandis que les dernières se déchirent rapidement sur les côtes et que dire de cette semelle ! Je crois vraiment que c’est ma dernière paire !]

Difficile de positiver. La nuit tombe, je me retrouve seul avec ma frontale au milieu des chemins. J’avance tel un zombi dans la nuit bretonne à la recherche du ravitaillement de Séné. Chaque km en paraît 3 ou 4, c’est long, long, long...

Puta Mierda ! Ma frontale s’éteint ! Noir complet ! C’est alors qu’arrive David, un mec sympa dans le même état que moi ! Il m’éclaire pour m’aider à changer mes piles et nous repartons ensemble. Une belle rencontre. Ces chemins forestiers, ces routes sont interminables. Le ravitaillement n’est jamais là où on l’attend.. On râle, on peste, on se plaint, on se motive, on s’entraide pour refaire quelques petits trots à la fulgurante vitesse de 7 km/h maximum !

Dimanche, aux environs de 1h du matin, enfin la salle des sports de Séné ! RDV familial pour mon compagnon de route, RDV podologue pour moi, ouf ! Les ampoules sont bien soignées- wouaouh ça pique l’éosine, mais super technique de pro – ce qui devrait me permettre d’être tranquille pendant quelques kms. J’en profite pour faire un gros dodo de 1h, tout en espérant que Karl et Fredo vont arriver pour que l’on puisse finir ce raid ensemble. Avant de repartir, je ne résiste pas à un petit massage rapide qu’une gentille infirmière accepte de me prodiguer, puis mange un dernier repas complet pour reprendre des forces. David n’est pas bien, il n’arrive pas à s’alimenter, je le sens proche de lâcher. Mes amis n’arrivent toujours pas, ils ne doivent pourtant pas être loin.

Dimanche, 3h22, Je repars, bien motivé pour terminer le plus vite possible. Je retrouve ma petite foulée économique qui me permet d’avancer sur un bon rythme jusqu’à Port Anna, puis les douleurs aux pieds reviennent encore plus fort suivies très rapidement par un très gros coup de fatigue.

Début d’un long, très long, d’un interminable calvaire de 15 kms pour rallier l’arrivée. Je ne peux que marcher en claudiquant, parfois trottiner à 5 km/h, rester planté debout les mains sur les cuisses en gémissant, en maudissant, m’assoir ou m’allonger sur un banc dans ma couverture de survie pour un petit somme dont j’aimerais qu’il dure des heures. Le chemin qui nous rapproche inévitablement de Vannes nous en éloigne parfois beaucoup en nous dirigeant dans la mauvaise direction ! C’est dur, très dur pour le moral ! Ça n’en finit jamais… Je titube, saoulé de fatigue et de douleurs, j’essaie de positiver sur mon sac à dos confortable (plus trop après plus de 30h de course), sur le pouvoir du Mana qui est en moi. J’avance très doucement mais sûrement jusqu’à la ligne d’arrivée, souvent seul, parfois rattrapé par quelques coureur(e)s un peu ou beaucoup plus rapides que moi. Pour finir, une petite pluie froide dont la sensation fut glacée avec la fatigue et le vent, s’invite sur les tous derniers kms.

Vannes, 8h23, enfin le port, la ligne d’arrivée, le bonheur de la franchir une nouvelle fois, de récupérer cette jolie veste finisher et cette médaille bien méritées. Je retrouve David, arrivé 2 mn avant moi. Simplement heureux nous sommes !

Direction la salle de repos pour récupérer les sacs et surtout pour un massage sensationnel réalisé par 2 jeunes étudiantes ostéopathes : à chacune sa jambe, mollets, cuisses, pieds, dessus, dessous... la totale, un kif de ouf, merci, merci Mesdemoiselles !

Puis passage chez une super étudiante podologue pour refaire les pansements détruits par ces derniers kms. Top ! Me voilà de nouveau opérationnel pour repartir, mais ce n’est plus nécessaire…

Alors que je suis sur la table à me faire soigner mes petits petons tout bouffis, je retrouve mon ami Karlo qui vient d’arriver, suivi par Fredo quelques mn plus tard. Ils ont fait toute la course ensemble, profitant même d’une petite terrasse à Arzon pour aller se boire une bonne bière fraîche. Je vous reconnais bien là les copains ;-)

Fin de la 15e édition de l’Utra Marin pour nous. Peut-être la course la plus dure, en tout cas celle où j’ai le plus souffert physiquement. Je réalise que j’ai mis presque 11h de plus qu’en 2014, ce qui représente plus de 2 km/h de différence ! Je ne sais pas comment j’avais fait ?

Bilan :

Super content d’être « finisher » pour la 2e fois ! C’est toujours un très grand bonheur de passer sous l’arche d’arrivée, où (presque) toutes les douleurs disparaissent.

Pour faire un bon ultra, il faut s’entraîner ultra ! L’entraînement type triathlon à base de vélo et de natation ne suffisant pas pour encaisser les chocs des foulées de course à pied.

Aucun souci d’alimentation et d’hydratation, je crois que j’ai adopté la bonne formule : l’instinct et l’envie.

Bah, je n’ai même pas pleuré à l’arrivée alors que j’en avais bien envie une heure plus tôt et que j’avais complètement craqué il y a 5 ans, après une 1re expérience et 1 année un peu spéciale

Et le plaisir dans tout ça ? Toujours présent, malgré les moments difficiles ! Paysages magnifiques, des rencontres, de l'amitié, de la solidarité et le bonheur partagé d'avancer tranquillement, de se dépasser (sans se mettre en danger), d'aller puiser au fin fond de soi-même.

Bien sûr, quelques remerciements :

Karlito mon ami et frère jumeau de 3 ans « mon néné », qui m'a proposé l'inscription à ce Grand Raid.

Ma maman pour les encouragements, le suivi course H24 et le relai sur le WhatsApp Diri.

Papa et Claude pour leur présence inattendue au 102e km qui m’a fait grand plaisir.

Les fidèles amis qui se reconnaitront, toujours présents avec leurs messages de soutien, avant, pendant et après la course.

Fredo pour son optimisme et son expérience partagée. Bon voyage sur les chemins andorrans dans 15 jours, 235 kms ! Comment fais-tu ?

La team Facebook, la team WhatsApp, la team Strava. Je lis vos messages de temps en temps mais j’ai du mal à répondre, à cause de la fatigue et à cause que j'ai pas mes lunettes !

L'équipe du Marathon des Graves pour la bonne humeur, l'ambiance; Patrick pour l'organisation et la superbe location de Saint-Gildas-de-Rhuys, Christine et Francis pour le retour sur Nantes en 1re classe !

Mes amis du Métallo Sport de Chantenay, le club d'athlé le plus sympa de l'Ouest ! Une pensée pour notre ami Jean-Yves qui nous a quitté si brutalement en début d'année et qui aimait cette épreuve de l'Ultra Marin.

Et bien sûr, les organisateurs de cette magnifique - mais très difficile - course autour du Golfe, ainsi que tous les gentils bénévoles présents sur les ravitaillement et aux bords de route pour réguler la circulation, sans qui ce type de course ne pourrait pas se faire. Sans oublier mes super-masseuses et super-podologues :-)

Un grand Merci à toutes et tous !

Sans oublier Teaka mon super tatoueur qui a bien pensé et anticipé ma course et n’a pas tatoué sur le passage des sangles de mon ami sac à dos, qui lui, a tenu ses promesses.

Pendant la course, avec mon nouveau pote David, on s’est dit : « plus jamais ça » ! Lundi soir, 37h après avoir passé la ligne (le temps d’un p'tit tour de Golfe) et une bonne récupération, je ne suis pas loin de changer d’avis…

Quelques chiffres et résultats :

Le 1er, Philippe Chalmel 17h22

La 1re femme, Nathalie Mauclair : 19h43 (4e au scratch)

Annick Quirion, infatigable bigouden nantaise, 1re Master 3 : 27h09

3 ultra-terrestres !

Philippe Pesneau, Monsieur Nadine : 28h59

Nadine Pesneau : 34h24, un big big-up ! 1er ultra, course super bien gérée et foulée de rêve à l’arrivée au Hézo

David, dossard 270, mon compagnon d’Aventure « à la recherche du ravito de Séné » : 36h56

Poil Dur : 37h03

Karlito, mon ami, à l’origine de cette folle épopée : 37h45

Fredo « Dodo lé la » : 37h52, 7mn après Karl ? T’as pris une pénalité pour drafting ou quoi ? Ha non, c'est vrai, ça se joue au bateau ;-)

Elsa Thual, triathlète herblinoise : 39h01

Monsieur Gérard Gailleton, 81 ans ! Finisher en 40h12, c’est pas beau ça ?

Yvain Chauvin, collègue de travail rencontré peu de temps avant le départ : abandon à Arzon après plus de 14h de course, genou verrouillé. Tu reviendras... En famille ?

Un peu plus de 1200 au départ cette année, 837 à l’arrivée

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Version 1 le 05/07/2019

Version 2 le 07/07/2019, correction de quelques fautes (merci Inès) et quelques remerciements oubliés ;-)

Version 3 le 10/07, encore quelques remerciements ;-)